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Mon manteau Frisson, des Bobines Patterns

Le manteau, c’est une pièce qui fait peur à réaliser. Motivée par la communauté Thread&Needles, où un petit groupe de couturières s’est attelé au défi, je me suis lancée aussi. Et pour ça, j’ai profité d’une promotion pour m’offrir le patron du manteau Frisson des Bobines Patterns.

Pourquoi ?

Pourquoi un manteau ?

Pour plusieurs raisons certainement.

J’avais envie d’une pièce à découvrir, d’un nouveau défi d’apprentissage, de faire un pas de plus dans la technique. Mon dernier défi a été la couture d’un pantalon, le pantalon Saïki d’Ivanne S, et il m’a laissé sur ma faim. Voire même de la déception, un petit gout amer. Je ne l’ai même pas publié ici, alors que ça fait 3 mois qu’il est fini. Je ne dois pas avoir vraiment envie de vous le partager. Bref, j’avais envie de progresser. Et le manteau a la réputation d’être difficile à réaliser.

Pour mon travail, je peux passer de 1 à 2 bonnes heures par jour dehors tous les jours, généralement de façon assez statique (souvent 2 récréations dans la journée, parfois 3, la sortie des classes deux fois par jour et les séances d’EPS…). Comme je suis frileuse, j’ai besoin d’un manteau chaud. J’ai longtemps eu un vrai duffle-coat irlandais. Malgré ses années, il est en bon état. Mais il a un petit inconvénient : pur irlandais, c’est de la laine vierge. Il me gratte quoi. Surtout quand je suis un peu plus “légèrement” vêtue, ou sans col montant par exemple. Bon, et il me faut reconnaitre que je n’ai plus vraiment envie de le porter.
Il y a 3 ou 4 ans, j’ai donc fait l’acquisition d’une vareuse noire pour le remplacer, bon marché, parce que c’était le seul modèle qui me plaisait. Et qui, forcément, n’est pas très chaude. Même si finalement elle s’abime bien moins que ce que son prix laissait présager.

Pourquoi le modèle Frisson, des Bobines Patterns ?

J’ai fureté parmi les modèles existants. Je me suis arrêtée en particulier sur Opium, de Deer and Doe, et sur Magnesium, d’Ivanne S. Or je trouve Opium trop ample sur le bas (voire bibendum sur certaines versions). Magnesium n’est pas très simple et surtout, il n’y a pas les marges incluses. Et il fait un peu trop “trench” à mon gout.

Frisson est un modèle simple. Un peu trop basique visuellement d’ailleurs, mais pour le reste, j’ai trouvé que c’était un bon point d’entrée, sans trop de prise de risque.

La réalisation de mon manteau Frisson

Oui, même un peu trop simple en fait, ce modèle Frisson, des Bobines Patterns ! Il n’y a pas de surprise sur le modèle, il est bien indiqué comme un “basique”, ce qui me va très bien. Mais sa réalisation : pas d’entoilage, pas de repli tailleur sur le bas du manteau ou sur les manches, le manteau intérieur et le manteau extérieur sont assemblés en “affleurement”. Mouais…

Réalisation plus académique donc

J’ai réalisé un entoilage tailleur (toile légère tailleur) sur les ourlets manches et bas, sur les parementures, au niveau des épaules devant et dos, le dessus (dessous ?) de col et sur le haut du dos. Toile partiellement cousue main (longs points chevrons) et partiellement assemblée par surjet.

Je voulais aussi un montage avec les replis tailleur en bas du manteau et des manches, afin d’avoir le surplus de doublure qui donne de l’aisance (et la signature d’un manteau). Pour ça, j’ai essentiellement suivi la série de tutos vidéo de Bérangère, de la chaine Couture et Paillettes, de son manteau Opium (D&D). Et donc, j’ai peu suivi le cahier technique des Bobines Patterns (j’y reviens plus loin).

Pour ce repli tailleur, et garder une longueur suffisante (au moins 3/4), j’ai allongé les pièces des manteaux intérieur, extérieur et parementures de 8 cm et celles des manches de 3 cm. Cela correspond pile au repli que j’ai fait, ce qui veut dire que de base le manteau est prévu à la bonne longueur pour moi.

Mes adaptations personnelles

J’ai aussi ajouté un col, proposé un supplément gratuit, le col évasé (un col officier est aussi proposé). Bon… mhmm… Oui, pour le col, indispensable. Mais… j’y reviens plus loin, il est bizarre.

Pour casser l’uniformité du dos, j’ai ajouté une martingale au niveau de la taille. J’avais même prévu d’y mettre deux boutons, un à chaque bout, mais on m’en a dissuadé, “too much”.

Petit plaisir perso, j’ai mis du passepoil sur la couture d’assemblage manteau extérieur / manteau intérieur. Pas n’importe lequel, un passepoil Liberty que j’adore.

En photos

Quelques infos pratiques

  • Fournitures et investissement financier : 167,79 €

Pour ce manteau, je me suis un peu lâchée. C’est de toute façon une pièce onéreuse (lainage, grand métrage, doublure, passepoil…). Mais même ainsi, je ne me suis pas vraiment limitée dans les fournitures. J’ai voulu me faire plaisir.

J’ai donc choisi un lainage magnifique, chaud, très doux, laine et cachemire d’après la vendeuse (mais je ne peux pas vérifier) et à prix tout doux finalement. Un vrai coup de cœur. C’était la fin du rouleau, et pas de réassort, donc aucune hésitation, je suis repartie avec alors que je ne faisais que de la prospection.

J’ai ajouté à ça un doupion de soie (100% soie) pour le manteau intérieur, avec juste les manches en doublure Bemberg pour la glisse. Et bien sûr le passepoil Liberty, pas donné donc.

Ce qui donne :

  • Lainage bleu marine – 2,30 m à 29,90 € / m (en fait, il y en avait presque 2,50 m) : 68,77 €
  • Doupion de soie bleu nuit – 2 m à 24,99 € / m : 49,98 € (plus les frais de port)
  • Doublure Synabel Bemberg – 0,75 m à 14,90 € / m : 11,18 €
  • Toile tailleur légère – 1 m à 14,90 € / m : 14,90 €
  • Passepoil Liberty New Adelajda – 3 m à 3,49 € : 10,47 €
  • 1 bobine de fil Gütermann col. 339, 250 m : 4,99 €
  • 6 boutons : 7,50 €

Mouais… ça fait cher le manteau ^^.

  • Cout réel estimé : environ 125 €

Il me reste seulement 40 cm de lainage. Pas assez pour en faire quelque chose donc. Mais c’était de toute façon la fin du rouleau et avec le col, il me fallait au moins 2,10 m, plus surement 2,20 m.

En revanche, j’ai vu large pour le métrage du manteau intérieur. Il fallait 1,50 m. Et je n’ai pas pensé que ce n’était pas 1,50 m de soie, mais bien 1,50 m pour l’ensemble. Et comme Tissus en ligne ne vend que par mètre entier, j’en ai pris 2 m. Bon, ben il m’en reste un bon mètre… vu que j’ai fait les manches en doublure acétate. ça servira pour une prochaine veste (quoique… c’est du doupion, ça se lave à sec… moyen pour un truc qui se lave souvent).

Et pour le passepoil, tous les tutos visionnés disaient 3 m. J’ai eu besoin de pile 2 m (1,95 m je crois). Bon, pas grave, le passepoil, ça se case partout, même en petite longueur ^^.

  • Lainage – 2,10 m : 62,79 €
  • Doupion de soie – 1 m : 24,99 €
  • Doublure acétate : on va dire 10 € (il ne reste qu’un rectangle de largeur 50 cm… 1 manche quoi…)
  • Entoilage – la moitié du coupon (laize 1 m) : 7,45 € (pas possible de prendre moins d’un mètre, j’avais besoin de la hauteur de la parementure)
  • Passepoil Liberty – 2 m : 6,98 €
  • La bobine de fil entière : 4,99 €
  • Les 6 boutons : 7,50 €

  • Temps de confection : une semaine entière

Euh, ben oui. Tant que ça. De l’assemblage du patron au dernier bouton, il y a 7 jours de travail.

  • Assemblage, relevé du patron et découpage : 1 grosse journée (presque une journée et demi)
  • Décatissage du lainage et de la soie : 3 heures…. (pfiouu, je n’en pouvais plus du fer et de la pattemouille)
  • Découpage des pièces : une grosse demi-journée (et il n’y a pas beaucoup de pièces sur le Frisson pourtant, mais bon, on ne se lance pas sur la découpe d’une soie ou d’un cachemire comme d’une cotonnade)
  • Assemblage : 4 jours
  • Les finitions, en particulier les boutonnières (le moment fatidique ^^) : une demi-journée

Alors, verdict sur ce manteau Frisson des Bobines Patterns ?

Plaisir et satisfaction

Il y a quelques poins de détails qui me chiffonnent, mais globalement je suis surtout très contente de moi.

D’abord parce que je suis allée au bout et que mon manteau est plutôt bien réussi.
Il me plait. Il est chaud et confortable. Et il est – heureusement – à ma taille (oups, oui, je n’ai pas fait de toile…). Je ne crois pas avoir fait de grosses erreurs. Pour un premier manteau, je trouve que je m’en suis bien débrouillée.

Les détails chiffonnants

Le repli du manteau intérieur (doublure) sur le bas du manteau extérieur n’est pas assez important. ça, c’est parce que j’ai navigué à vue pour les longueurs vu que le montage prévoit un assemblage en affleurement, pas en repli tailleur. Pas grave, ça ne tire pas. C’est juste… “juste”, avec seulement un repli d’un petit centimètre. Il n’y a que moi qui le sait.

De la même façon, le repli tailleur sur l’intérieur des manches tire légèrement (mais uniquement dans l’intérieur du bras, au niveau de la couture d’assemblage du tube). À l’essayage (sur une seule manche donc), ma doublure dépassait un peu. J’ai donc fait un repli sur les manches pour raccourcir légèrement. Et maintenant ça tire un peu… Mhmm. ça se voit un peu sur le mannequin mais pas au porté. J’ai préféré laisser tel que plutôt que de défaire et recoudre à la main et risquer de faire plus de dégâts (surtout sur celle qui a été décousue une première fois).

Une des boutonnières est un peu décalée en hauteur. Grrrrr. Même si ma fille m’assure que ça ne se voit pas.

Et enfin, comme j’ai monté mon passepoil avant de faire mon pli d’aisance du manteau intérieur… je me retrouve avec un pli d’aisance formé sur le passepoil (je m’en suis bien débrouillée, heureusement). Mais ce n’est pas clairement indiqué ni dans la vidéo, ni dans le cahier technique. Et j’aurais dû réfléchir un peu mieux.

Et le modèle alors ?

Là, il y a du plus et du moins.

Conquise par le modèle

Le modèle en lui-même, je le valide, à 100%. C’est ce que j’aime, ce qui me va. Comme tous les modèles des Bobines Patterns, c’est un bon basique, de tous les jours, confortable et seyant, qui tombe bien, bien patronné. Exactement leur ligne directrice. Très clairement, il y aura d’autres versions. J’aime beaucoup la version courte et zippée d’Anaïs, ou la version Chanel présentée cette semaine. Il y aura des versions moins chaudes aussi. Je suis conquise.

Le patron est clair, facile à relever. Même si il manque une indication de crans pour le pli d’aisance de la doublure (en fait, il faut comprendre que la ligne de coupe “pli” du manteau extérieur fait aussi l’emplacement du cran “pli d’aisance” du manteau intérieur).

Mais, j’ai quand même des “reproches”

À vouloir simplifier la couture pour “l’ouvrir à tous”, je trouve qu’on tombe dans le travers du bidouillage pour arriver au bout. C’est sûr que faire un assemblage sans repli c’est plus simple que le repli tailleur, où il faut placer la parementure comme il faut, retourner, replier, coudre à la main… Mais franchement la finition n’est pas la même, le tombé du vêtement non plus. Déformation professionnelle mais je crois plus en l’accompagnement à l’apprentissage qu’en la simplification.

Y aurait-il eu un problème d’échelle sur mon impression du col ? je ne sais pas, mais ça fait quand même très étrange. J’ai fait le choix de laisser ainsi. ça lui donne un petit côté spécial. Mais je ne suis pas sure que c’était voulu comme ça.

Mais ce qui m’a franchement gênée, voire agacée, c’est la qualité du cahier technique : mal mis en page (numérotation farfelue), succinct à des moments où il faudrait détailler et détaillé sur des instructions de base, assez peu de schémas et surtout des fautes… Alors oui, les coquilles ça arrive, chez tout le monde, y compris les pros de l’édition. Je ne suis pas la dernière à en faire ici.
Mais là, on ne parle plus de coquilles. Mots manquants, pluriels erronés… Et quand un impératif est écrit sous la forme d’un participe passé, ça change le sens ! Un impératif, c’est une instruction à suivre ; un participe passé, ça peut être un adjectif (description), une action passée ou une action en cours. À plusieurs endroits, j’ai dû décrypter, voire réécrire la phrase, pour poursuivre. Au final, j’ai refait entièrement le cahier technique : réécrit, corrigé, remis en page. Certes, j’en ai profité pour ajouter les modifications que je souhaitais faire, mais est-ce acceptable ?

Et côté difficulté alors ?

Certes, un manteau ce n’est pas “super facile”. Mais je n’ai pas non plus trouvé que c’était une pièce difficile. Bon, celui-ci est en plus un modèle simple, basique. Donc non, je n’ai pas trouvé ce manteau difficile à coudre (même si j’ai un peu transpiré sur le placement du revers de la parementure). Je crois qu’on se fait une montagne de cette pièce.

En revanche, coudre un manteau c’est – très – long. On ne le réalise pas en une après-midi (même si moi je n’arrive jamais à rien réaliser en une après-midi de toute façon). Il y a au final deux pièces complètes à réaliser, le manteau intérieur et le manteau extérieur, puis tout assembler. Ce qui est problématique, c’est l’accumulation des erreurs qui – sur une pièce aussi longue – finissent par se voir.

Et un manteau, c’est onéreux, les matières premières sont précieuses. C’est agaçant de se planter sur une blouse, mais ça coute quoi, entre 10 et 30 € selon si on prend une cotonnade simple ou une viscose plus luxueuse ? Quand on investit 150 €, voire plus, juste dans les matières premières, on n’a pas envie de se planter. Et ça, ça ajoute du stress supplémentaire.

Reste la difficulté de gérer les épaisseurs de lainage (jusqu’à 8 sur certaines coutures, sans compter la toile tailleur). Ou bien la fuite du tissu doublure. ça, je ne sais pas. J’ai la chance de coudre avec une petite merveille. Je me suis offert une Husqvarna Viking Brilliance 75Q (j’avais pourtant déjà une Sapphire 875Q ^^), elle a tout avalé sans jamais bronché, aussi facilement sur le lainage que sur la soie ou la doublure. Je ne l’ai jamais sentie le moins du monde en peine. Ma petite merveille a fait le gros du travail :-).

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